Prospero pulchellum (Munby) Speta
(≡ Scilla pulchella Munby, ≡ S. autumnalis var. pulchella (Munby) Batt., = S. autumnalis var. gracillima Batt.)
– Bonifacio, plateau de Sant’Amanza, très commun, 23.9.2011, Tison, J.-M. photographies ; Bonifacio, golfe de Ventilegne et plage de Tonnara, 23.9.2011, Tison, J.- M. photographies.
Les anciens inventaires corses répertoriaient trois variétés de Scilla autumnalis L.: var. autumnalis, var. corsica (Boullu) Briq. et var. gracillima Batt., ces deux derniers correspondant aux plantes naines du littoral sud et distincts par leur floraison respectivement vernale et automnale (GAMISANS, Cat. Pl. vasculaires Corse, (éd.) 1, 1985 & GAMISANS & JEANMONOD, (éd.) 2, 1993). La floraison vernale n’étant qu’accidentelle, ces taxons se ramenaient, a priori, à deux (TISON in JEANMONOD & GAMISANS, Fl. Corsica: 132, 2007). Pourtant, la culture durant six ans de plusieurs morphotypes de Prospero autumnale (L.) Speta s.l. du Golfe de Ventilegne (bulbes fournis en 2005 par le Conservatoire Botanique National), côte à côte avec de nombreuses autres souches d’Europe occidentale et d’Afrique du Nord, prouve finalement que l’ouest bonifacien est bel et bien le point de rencontre de 3 entités distinctes, mais ne coïncidant pas avec les 3 autrefois reconnues. Comme souvent chez les plantes bulbeuses, la simplification de l’apppareil végétatif handicape l’approche morphologique, celle-ci permettant d’établir des séparations, mais non une hiérarchie taxonomique; le rang spécifique est donc préférable dans l’état actuel des connaissances. Comme toujours chez Prospero, les différences sont beaucoup plus nettes au stade feuillé qu’au stade florifère, ce qui a évidemment contribué à la méconnaissance du groupe. Les 3 taxons peuvent être caractérisés comme suit:
– P. autumnale (L.) Speta: feuilles les plus grandes des plantes adultes dépassant 1,5 mm de large, à section en croissant (face supérieure nettement concave et marges formant un angle aigu), au nombre de 4-8, émergeant peu après les pluies d’automne, à partie aérienne dépassant généralement 4 cm de long au complet développement; inflorescences majoritairement à 8-25 fleurs; hampe normalement dressée, à partie aérienne longue de 5-30 cm. D’après nos observations, taxon très répandu dans le bassin méditerranéen, au moins occidental, mais remontant également vers le nord-ouest et le centre de l’Europe; ce dernier point suggère une correspondance avec les cytotypes polyploïdes, connus pour représenter exclusivement l’espèce en Europe non méditerranéenne (VAUGHAN & al., Heredity 71: 574-580, 1997). Toute la Corse et une grande partie de la France.
– P. pulchellum: feuilles les plus grandes des plantes adultes n’atteignant pas 1,5 mm de large, à section en D ou subrectangulaire (face supérieure presque plane et marges formant un angle droit), au nombre de 4-7, émergeant peu après les pluies d’automne, à partie aérienne dépassant généralement 4 cm de long au complet développement; inflorescences majoritairement à 4-20 fleurs; hampe dressée ou penchée, à partie aérienne longue de 3-18 cm. D’après nos observations, taxon répandu dans le bassin méditerranéen au moins occidental, mais limité à l’étage thermoméditerranéen, où il est plus fréquent que le précédent; ce dernier point suggère une correspondance avec le cytotype diploïde, le plus commun dans les régions concernées (GERACI & SCHICCHI, Fl. Medit. 12: 177-182, 2002; HAMOUCHE & al., Plant Syst. Evol. 285: 177-187, 2010). Connu de l’extrême sud de la Corse et d’une seule localité de France continentale (région de Martigues, Bouches-du-Rhône), mais sans doute plus fréquent, au moins dans l’île.
– P. corsicum (Boullu) J.-M. Tison: feuilles les plus grandes des plantes adultes à anatomie semblable à celles de P. pulchellum, mais au nombre de 2-4, émergeant en hiver, à partie aérienne n’atteignant pas 4 cm de long au complet développement (d’où une apparence comparativement large), imitant remarquablement celles d’ Acis rosea; inflorescences majoritairement à 1-6 fleurs; hampe normalement penchée, à partie aérienne longue de 1-8 cm. Taxon paraissant limité à la zone littorale. Contrairement à P. autumnale, P. pulchellum, P.obtusifolium (Poir.) Speta et P.fallax (Steinh.) Speta, il est impossible de déclencher sa floraison par l’arrosage en juin ou juillet: elle ne commence jamais avant fin septembre et se prolonge jusqu’en novembre, voire occasionnellement février-mars (type!). Considéré actuellement comme endémique des Bouches de Bonifacio, mais présent autrefois à Ajaccio (type!), à rechercher aux Sanguinaires; diploïde ou occasionnellement triploïde (CONTANDRIOPOULOS & ZEVACO- SCHMITZ, Candollea 44: 394-401, 1989; FRIDLENDER, Originalités biologiques et systématiques des espèces rares – Quelques exemples choisis dans la flore tyrrhénienne, Mémoire de thèse, 1999).
La nomenclature demandera peut-être des ajustements; en particulier, Scilla autumnalis L. n’a pas de matériel original (The Linnaean Project: http://www.nhm.ac.uk/research-curation/ research/projects/linnaean-typification/database/); un néotype possible serait LINN 429.11, originaire d’Algérie, mais ce spécimen pourrait correspondre aussi bien à un petit P. autumnale (dans le sens retenu ici) qu’à un grand P. pulchellum, et devra sans doute être identifié par cytométrie de flux.
J.-M. TISON